Lucie Pezavant a monté Chartrons Productionsociété de production audiovisuelle à Bordeaux. Journaliste de formation, c’est dans la communication digitale qu’elle s’est spécialisée au fil de ses expériences. D’abord dans des rédactions et boîtes de production, elle a ensuite contribuer à monter une structure de production interne chez Marmiton, pure player de contenus culinaires. Chez Chartrons Production, elle accompagne désormais ses clients dans la création de vidéos, véritables outils de communication sur le web. Son expertise dans son domaine lui permet d’avoir du recul sur les coûts liés à la production de vidéo. Elle fait le point avec nous sur une question épineuse : pourquoi les vidéos faites par les sociétés de production coûtent-elles si cher ?

Pourquoi commander une vidéo à un professionnel coûte-t-il si cher ? Que se cache derrière une vidéo qui légitime les tarifs pratiqués par les boites de production ? A quoi peut bien servir cet argent ? Depuis que j’exerce ce métier, j’ai eu souvent à faire face à cette question… Une problématique qui me semble être encore plus compréhensible de nos jours, où l’on peut tourner soi-même une vidéo muni d’un simple smartphone… Prenons ensemble le temps de décortiquer les dessous d’une vidéo !

Une chaîne de production en trois temps

Pour commencer, il convient d’abord de distinguer trois phases. Trois étapes incontournables dans la chaîne de production d’une vidéo :

  • La pré-production : c’est la phase de préparation. Elle est cruciale. Le travail accompli à ce moment permet de livrer une vidéo conforme aux attentes du client.
  • La production : c’est le moment du tournage.
  • La post-production : c’est tout le travail qui consiste à composer la vidéo finale. On parle de montage, d’étalonnage, d’habillage graphique, de voix off et musique, d’export et de diffusion.

Trois étapes qui prennent plus ou moins de temps en fonction de la complexité du projet. Tout ce temps là est facturé, et c’est bien normal ! Il faut aussi parfois faire appel à des ressources supplémentaires qu’elles soient humaines ou matérielles pour assurer le bon déroulement de ces grandes étapes.

La Pré-production : elle est essentielle

La partie dédiée au brainstorming est essentielle

À ce moment du projet vidéo, on part de zéro. On prend connaissance : 

  • du brief client,
  • des objectifs de communication liés à cette vidéo,
  • des impératifs de la marque
  • et de tout un tas d’informations qui vont nous aider à construire la vidéo qui sera utile au client et conforme à ses attentes.

Si cette étape est mal faite, si les objectifs client ne sont pas bien définis à ce moment-là, on pourra passer à côté de points importants, qui finiront par surgir plus tard… soit durant le tournage ou pire, en phase de post-production, quand tous les rushes sont déjà « dans la boîte ». Rectifier le tir peut alors entraîner d’importants surcoûts et du retard sur la livraison.

Moralité, il faut bien prendre le temps de préparer une vidéo. C’est une étape qui ne doit pas être prise à la légère et qui doit faire l’objet d’un temps dédié. Et donc d’une rémunération ! Autre point important, en pré-production on détermine aussi le ton et la forme que l’on souhaite donner à la vidéo. Parfois il faudra faire appel à des talents supplémentaires et donc les rémunérer : réalisateur spécialiste d’un format bien particulier, scénaristes, costumières, graphistes etc.

Le jour du tournage : mise en place d’un set couteux

En fonction du budget et des exigences du client, le matériel utilisé et les ressources humaines sollicitées peuvent varier du tout au tout. Prenons trois situations volontairement très opposées pour lesquelles le matériel et la taille des équipes changent beaucoup :

  • une vidéo d’un test produit réalisée par un influenceur qui se filme depuis sa chambre avec la webcam de son ordinateur…
  • un reportage d’un web-journaliste mojo (mobile journalism) qui se sert de son smartphone pour réaliser des sujets et les monte lui-même…
  • une vidéo fiche produit tournée dans un show-room d’une marque de balnéothérapie avec un mannequin qui doit apparaître nu…
  • un clip de Beyonce et JayZ au Louvre…tourné en deux nuits !

Même si le tournage n’est pas pharaonique, l’équipement de base reste coûteux. Une caméra (même un smartphone de qualité représente un coût), des lumières, des micros, et de la machinerie (stabilisateur, trépied, cross, rail de travelling etc.) Tout cela est à prendre en compte dans le budget qui justifie le prix final de la vidéo.

Côté ressources humaines, là aussi cela peut aussi grimper très vite ! Selon la configuration, on trouvera dans l’équipe le jour du tournage (liste non exhaustive) :

  • un réalisateur
  • un ou plusieurs cadreurs (un cadreur peut être aussi réalisateur)
  • un preneur de son (sur des tournages type cinéma, ils sont plusieurs)
  • des comédiens, des experts, des journalistes, des présentateurs etc.
  • une coiffeuse, une maquilleuse, une habilleuse
  • un scripte
  • un régisseur
  • une personne en charge du catering (service de restauration) etc.
  • un pilote de drone (parfois secondé par un cadreur qui n’est dédié qu’aux mouvements de la caméra embarquée) …

Plus le tournage est ambitieux, plus les ressources sont conséquentes, plus le tarif de la vidéo est important. Chaque tournage est unique et entraîne la mise en place d’un set de tournage sur-mesure. Parfois, seul un cadreur suffira.
Par exemple, une web série incarnées par trois comédiennes, aux multiples séquences, n’aura pas le même coût qu’une série de vidéos DIY dont on ne verra que les mains de la personne qui les réalise !

La post-production : dernière ligne droite !

Lorsque tout est « dans la boîte », il faut structurer les images tournées pour créer une vidéo.

  1. Premièrement, il faut planifier des sessions de montage, où les meilleurs rushes sont sélectionnés, découpés, rassemblés, pour créer un rythme et raconter une histoire qui tienne la route. Ce travail est minutieux et requiert un nombre important d’heures de travail.
  2. Lorsque le montage est satisfaisant, l’image doit être traitée : étalonnage et habillage graphique. On peut aussi faire appel à un motion designer ou à un graphiste qui ajoutera une touche unique à la vidéo en respectant l’univers de la marque.
  3. Vient ensuite toute la partie de travail liée au son : mixage son, voix off, ajout d’une musique, (parfois même elle est créée sur mesure.)

Les exports peuvent être multiples, en fonction des besoins et requiert donc plus de temps d’exécution mais aussi plus d’espace de stockage.

Bien souvent, le client n’a pas conscience que le simple fait de stocker les rushes représente un coût ! Les logiciels de post-production ne sont pas gratuits non plus, les plus performants ayant des licences très coûteuses à payer tous les ans.

À cela s’ajoute le coût de la musique (même si les pistes sont libres de droit, cela ne signifie pas qu’elles sont gratuites !). Les solutions de transfert des fichiers volumineux sont elles aussi payantes.

Enfin, vient la diffusion. L’hébergeur peut être une solution gratuite comme payante.
Une plateforme d’hébergement professionnelle (et donc payante), permet de diffuser les vidéos dans un player sans publicité, avec le logo et les couleurs du client, et de restreindre l’accès à la vidéo (utile par exemple pour les allers/retours entre le client et l’agence).

Pour conclure, il faut comprendre que chaque besoin vidéo débouche sur une production sur-mesure. Chaque société de production audiovisuelle possède sa façon de travailler, selon son background (plutôt journalistique, plutôt cinématographique, avec appétence pour le web, pour la télévision, pour le cinéma, pour les thématiques autour du luxe, du voyage, des technologies, de la cuisine !).

J’espère avoir pu vous aider à comprendre mieux pourquoi produire une vidéo est coûteux lorsque vous choisissez d’externaliser cette création de contenu.

Je serais ravie de poursuivre cette discussion en commentaire, sur mon compte twitter @santaluchita ou par mail à lucie@chartrons-production.fr !